Faut-il voir le film Hurlevent avant de lire le livre ?

Faut-il voir le film Hurlevent avant de lire le livre d'Emily Brontë ? Découvrez quelle position adopter dans cet article afin de finalement trancher.

« Seulement la divinité qu’il implorait n’est que poussière et cendres inanimées et, quand il s’adressait à Dieu, il le confondait étrangement avec le démon. »

Les Hauts de Hurlevent, Emily Brontë, 1847

La littérature anglaise ne cesse de fournir au cinéma moderne et contemporain, quantités d’histoires transposables sur grand écran. Tess en 1979, Jane Eyre en 1996, Orgueil et Préjugés en 2005… Ils sont nombreux, les romans britanniques qui ont amenés bien après eux des réécritures alliant modernité et créativité.

Alors que la sortie du film Hurlevent, réalisé par Emerald Fennell est imminente (11 février 2026), une question presse certains esprits —et à juste titre car j’en ai moi-même fait partie : faut-il voir le film Hurlevent avant de lire le livre ?

Il y a déjà eu des adaptations du chef d’œuvre d’Emily Brontë (1939, 1985, 2011…) et pourtant ce genre d’interrogations demeure, et pas seulement pour ce film en particulier. Lire un ouvrage reste toujours une activité plus demandante en temps, que l’action isolée de visionner un film. L’attention diffère forcément.

Chez les lecteurs, cette question revient donc plutôt fréquemment. On se demande si lire l’histoire et la regarder est un indispensable, on se demande si ça va nous apporter quelque chose en plus, est-ce que l’on va être déçu, que ce soit de l’un ou de l’autre… Les avis vont bon train. La réponse à cette question dépend moins du film que de l’intention qui motive le lecteur. Car Les Hauts de Hurlevent n’est pas un roman comme les autres : c’est une expérience littéraire singulière entre gêne et violence, choses que le cinéma ne peut ni totalement restituer ni totalement trahir. Laissez-moi vous expliquer.

Pourquoi cette question revient à chaque adaptation littéraire ?

Adapter un livre —surtout un classique— suscite naturellement une curiosité évidente. Les adaptations cinématographiques donnent une visibilité nouvelle aux romans. Elles suscitent un intérêt, un enthousiasme et parfois même de la méfiance. Beaucoup de lecteurs se demandent s’il vaut mieux « préserver » leur imagination en lisant d’abord le livre, ou s’appuyer sur le film comme porte d’entrée plus accessible. Ces réflexions sont tout à fait légitimes.

Dans le cas qui nous concerne, la question l’est particulièrement. Le roman d’Emily Brontë est réputé pour différents éléments qui lui sont propres et qui participent à entretenir sa force :

  • sa construction narrative complexe
  • la violence des passions destructrices
  • l’ambiguïté morale de ses personnages

Autant d’éléments que le cinéma tentera de simplifier, de refléter d’une certaine manière mais qui n’est pas naturellement transférable. Certains thèmes ne peuvent réellement se ressentir qu’à travers une lecture attentive de l’œuvre car les mots ont cette capacité mystérieuse de toucher de façon intangible.

Ce que lire Les Hauts de Hurlevent implique vraiment

  • Une narration complexe et dérangeante

Quand on s’attelle à la lecture du roman d’Emily Brontë, on se rend rapidement compte que le récit ne suit pas un schéma linéaire. Le roman est construit à partir de récits enchâssés (se succédant sans transitions), de voix multiples (elles-mêmes annoncées furtivement), et de nombreux retours en arrière brouillant la chronologie romanesque. En clair, il faut suivre l’intrigue avec une certaine rigueur. Cette structure demande véritablement une attention sérieuse qui fait partie intégrante de l’expérience de lecture.

Le lecteur n’est jamais guidé. Il doit composer seul avec la brutalité de Heathcliff —pour ne nommer que lui— les contradictions et l’irritation de Catherine Earnshaw ou encore toute cette violence à vif qui lie les personnages et les consume. L’ordre moral est tout à fait rompu et ne ménage pas celui qui lit. Pour arpenter ce qui se passe dans ces landes, il faut être accroché.

Éditions reliée et poche conseillées :

Les Hauts de Hurlevent, Emily Brontë, éditions Hauteville, 2023

Les Hauts de Hurle-Vent, Emily Brontë, éditions Le Livre de Poche, 1974

(texte intégral, traduction classique, éditions sobres, idéales pour une première lecture)

Pour déterminer l’édition qui vous correspond, n’hésitez pas à consulter mon article : Les Hauts de Hurlevent, quelle édition lire aujourd’hui ?

  • Une expérience intérieure inhérente au livre

Lorsque j’ai lu Les Hauts de Hurlevent, j’ai été happé par une intensité farouche, invisible et pourtant bien présente qui grandissait à mesure que je tournais les pages.

Il réside dans ce roman des sensations données au lecteur comme des bagages impalpables que l’on vient porter tout le long de la lecture, sans pouvoir s’en défaire. Peut-être qu’il s’agit de cette forte lenteur psychologique, remarquable notamment chez le personnage de Catherine, dans son passage de la petite fille insouciante à la jeune femme névrosée. Peut-être que cela se voit aussi dans l’idée d’obsession voire même de possession qui brûle à petit feu bon nombre de personnages. Ou bien cette confusion explicite entre amour, passion et destruction. Les trois semblent toujours se répondre et s’alimenter —s’empoisonner— les uns les autres dans Les Hauts de Hurlevent.

La lecture laisse au lecteur la liberté de se confronter à ces zones troubles, mal délimitées et profondément malaisantes. Ces paysages sans repos que l’on ne peut même pas avoir le plaisir de déguster tant ils apparaissent gangrénés par la fièvre de ses habitants. Il n’y a pas de quiétude, pas d’apaisement dans le roman. Emily Brontë tranche les désirs du lecteur en proposant des voix narratives brutales, presque sentencieuses où les scénarios du lecteur se démantèlent toujours. C’est aussi ça qui rend l’expérience de lecture complètement inédite et singulière.

llustration Isabella Mazzanti dans Les Hauts de Hurlement, Emily Brontë, éditions Papillon Noir Gallimard, 2025. Lecture complémentaire en addition du film Hurlevent
Illustration Isabella Mazzanti dans Les Hauts de Hurlevent, Emily Brontë, éditions Papillon Noir Gallimard, 2025

Ce que le film Hurlevent peut apporter… et ce qu’il transforme

  • Ce que le cinéma rend accessible

Nul n’est sans ignorer qu’un film offre une incarnation directe d’une histoire. À travers des images, des couleurs, des formes, des sons et des voix on parvient à transcrire pléthore d’informations. C’est le moindre effort que de se laisser emmener dans un long format vidéo « qui fait tout pour nous ». S’offrir un visionnage de ce roman c’est accéder à la contemplation des landes qui parcourent le livre, plonger dans toute la tension dramatique qui opère entre les personnages mais également ressentir une intensité émotionnelle immédiate. Qui ne voudrait pas déguster l’orgueil de Heathcliff en vidéo ? Hum hum…

C’est découvrir une histoire sans chercher à l’imaginer, simplement la recevoir pour ce qu’elle est et s’en contenter. Pour certains spectateurs, cette approche visuelle peut susciter l’envie de lire ensuite le roman ou simplement de pouvoir entrer dans un univers qui pouvait paraître opaque à la lecture.

  • Ce que l’adaptation simplifie

Une adaptation cinématographique d’un classique ou de tout autre livre contemporain inclus inévitablement l’apparition de choix pour le réalisateur. Ces choix conditionnent l’atmosphère et la tournure narrative de l’intrigue à recréer et amèneront dans leur suite, une réception plus ou moins fidèle à l’œuvre initiale.

Le cinéma cherche majoritairement à rendre les personnages plus lisibles que ce que l’on pourra découvrir à travers un livre. On approche des comportements plus concrets, des expressions et attitudes plus claires qui participent à mieux les lire —sans mauvais jeu de mots. On atténue certaines zones d’ambiguïté, de flous voire d’incompréhension. On condense les temporalités pour qu’elles surviennent plus directement. Par exemple, les dates et les bonds dans le temps seront certainement annoncés afin de guider le spectateur là où le livre lui, le laisse naviguer seul.

Le film Hurlevent semble prendre le partie d’axer l’intrigue sur la passion dévorante, l’amour fou, obsessionnelle, dangereux. Cet amour est retranscrit comme un mal rampant, qui enivre plus qu’il ne délivre. L’adaptation se veut dans des tons gothiques (sous-genre du roman), modernes et proches, quelque part, de ce que l’on peut qualifier de dark romance. On apporte alors une écriture plus simple, plus accessible en rappelant au spectateur des thèmes actuels qu’il pourra reconnaître et qui lui paraîtront familiers car contemporains (le phénomène de dark romance ne cesse de proposer des histoires frôlant l’ordre moral, entremêlant désir et destruction : Captive de Sarah Rivens, Valentina d’Azra Reed…).

En découvrir plus sur deux phénomènes de la dark romance :

Captive, Sarah Rivens, éditions Hachette Lab, 2022

Valentina, Azra Reed, éditions Hugo Roman, 2024

Voir le film Hurlevent avant de lire le livre : dans quels cas ça peut fonctionner

Mais alors vous me direz, dans quels cas cela peut fonctionner de voir le film avant de lire le livre ? Plusieurs réponses peuvent être envisagées. Voir le film avant de lire le roman reste pertinent si l’on cherche à découvrir l’œuvre par curiosité. Visionner une lecture contemporaine constitue une bonne entrée en matière pour tous ceux qui sont désireux d’approcher l’œuvre pas à pas. C’est aussi judicieux pour celui ou celle qui n’est pas habitué aux œuvres classiques.

De part leur caractère « ancien », ils peuvent en effrayer plus d’un. Peur de ne pas comprendre le vocabulaire ou la syntaxe, peur d’être trop étranger aux expressions, au type de société évoquée… Beaucoup de peurs et souvent des limites. On se limite parce qu’on ne connaît pas bien et parce qu’on craint de ne pas pouvoir s’y retrouver. Je recommande donc d’y aller tranquillement et de pourquoi pas, commencer par une des adaptations du livre, pour y aller tout doux. Sachant qu’il en existe plusieurs —produites bien avant le prochain film Hurlevent et qu’il peut déjà être intéressant de confronter.

C’est aussi intéressant pour la personne qui voudra un premier contact émotionnel avec l’œuvre. On sait que Les Hauts de Hurlevent reste virulent par l’insaisissable violence qui y figure, l’insoumise et immonde morale de ses protagonistes et leur éternel égoïsme. Ce sont des thèmes qui peuvent brusquer la sensibilité de certaines personnes à la lecture. Regarder le film Hurlevent peut permettre d’adoucir la puissance des mots. Ainsi, le film joue le rôle de « déclencheur ». Il ne remplace pas vraiment la lecture mais peut ipso facto, l’encourager.

Lire le livre avant de voir le film : pourquoi ça reste préférable

Découvrir une œuvre originale permet par essence, d’avoir accès au produit brut, aux racines de ce qu’elle est. Commencer par lire Les Hauts de Hurlevent avant de consulter le film Hurlevent, permet de construire sa propre vision des personnages. On laisse libre court à son imagination, à ce qui se construit presque par magie, par l’esprit lui-même.

Toutes les émotions et sensations qui sévissent nous apparaissent sans prisme autre que le nôtre et nous amène à mesurer pleinement ce qui les constitue (surprise, dédain, agacement…). On traverse ce que c’est de façon brut, sans transferts extérieurs, sans filtres. Arpenter l’œuvre de nous-même offre cet espace personnel où l’interprétation du roman nous appartient. On s’y balade comme s’il n’était qu’à nous, cela singularise l’expérience sans l’entacher.

C’est souvent après la lecture d’un livre que le rapport à l’adaptation devient intéressant. Ça permet des interrogations, ça suscite un intérêt naturel et pousse même à aller voir ce qui en a été fait. Le film devient un levier de curiosité, il n’est pas un substitut mais une interprétation nouvelle et stimulante.

Film ou livre ? Une question d’intention

En réalité, il n’existe pas de réponse universelle, seulement l’approche que vous ambitionnez. Le film Hurlevent peut ouvrir une porte mais le roman Les Hauts de Hurlevent reste le lieu où l’œuvre se déploie pleinement. C’est le matériau d’origine, la base de toutes les bases, le terreau fertile des adaptations qui l’ont succédé.

Bien sûr, lire le livre avant de voir le film Hurlevent permet d’entrer dans la profondeur et la réalité du texte alors que le contraire éveille plutôt la curiosité. Dans les deux cas, c’est la confrontation entre les deux expériences qui enrichit réellement la compréhension de l’œuvre. Ainsi, additionner le roman et l’adaptation est un bon moyen d’avoir une vision large, peut-être même complémentaire d’une même histoire. Ça permet des lectures denses et diverses qui viseront toujours l’enrichissement final.

Et pour vous procurer le roman, voici quelques éditions complémentaires :

Les Hauts de Hurlevent, Emile Brontë, éditions Points, 2025

Les Hauts de Hurlevent, Emily Brontë, éditions Larousse, 2026

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