Si vous tapez « Lilith » dans le moteur de recherche Google Images, voici les trois premières images sur lesquelles vous tombez :

La première est une peinture à l’huile de Dante Gabriel Rosetti nommée Lady Lilith (1866). La seconde est une représentation du personnage évoluant dans l’univers du jeu vidéo Diablo (en l’occurrence Diablo IV dans ce cas (Blizzard Entertainment, 2023)). Il s’agit ici d’une figurine commerciale. La dernière est quant à elle la Plaque Burney, une plaque en terre cuite datant du XIXème siècle avant J.C. On l’assimile à Lilith, mais également à la déesse Ishtar et à la reine mésopotamienne Ereshkigal.
Le restant de la page déroulée évoque des figures sombres du personnage, semblables à la seconde image. Dans les couleurs, on retrouve du noir, du rouge, une obscurité palpable et quelque chose qui rappelle le sang et la mort.
Lilith, origines d’une femme sulfureuse
Lilith apparaît dans deux traditions historiques et religieuses : sumérienne et juive.
Dans la représentation du mythe sumérien (mythologie mésopotamienne, 4000 avant J.C), Lilith (Lilitu) est une démone enfantée par le dieu du vent Enlil, en même temps que son égal masculin Lilu. Le personnage est ici dépeint comme une démone stérile qui visite les hommes la nuit et les séduit (ref. mythe de la succube).
Pour les juifs, à travers la Kabbale, Lilith, la première femme d’Adam (bien avant la naissance d’Ève) apparaît en même temps que lui. Dans cette tradition, Adam et Lilith sont égaux, un pôle masculin et un pôle féminin, tous deux d’essence divine, semblables. Cependant, un conflit survient lors du premier rapport sexuel, Adam intimant à Lilith de se coucher sous lui. Celle-ci qui désapprouve ce rapport qu’elle assimile à de la domination, refuse de se soumettre, considérant qu’ils sont égaux et qu’aucun d’entre eux ne devrait exercer une forme de supériorité sur l’autre.
« Alors que Dieu a créé Adam, qui était seul, Il dit : “Il n’est pas bon que l’homme soit seul” (Genèse 2:18). Il créa une femme de la terre, comme Il avait créé Adam lui-même et l’appela Lilith. Adam et Lilith commencèrent immédiatement à se battre. Elle disait : “Je refuse de me tenir au-dessous”, et il répondait : “Je ne veux pas me tenir en dessous de toi, mais seulement au-dessus. Car tu es juste bonne à être dans la position la plus basse, alors qu’il me revient d’être le plus élevé.”
Extrait tiré de l’Alphabet de Ben-Sira, XII après J.C
Lilith répondit : “Nous sommes égaux l’un à l’autre car nous avons tous deux été créés à partir de la terre.” Mais personne ne répondit. Lorsque Lilith vit cela, elle prononça le Nom Ineffable et s’envola dans les airs. Adam était en prière devant son Créateur : “Souverain de l’univers ! dit-il, la femme que tu m’as donnée s’est enfuie.” Alors le Seigneur envoya trois anges pour la ramener.
Le Seigneur dit à Adam : “Il serait bien qu’elle accepte de revenir, sinon, chaque jour, cent de ses enfants mourront.” Les anges avaient quitté Dieu et poursuivirent Lilith, qu’ils atteignirent dans le milieu de la mer, dans les eaux puissantes où les Égyptiens étaient destinés à se noyer. Ils répétèrent les paroles de Dieu mais elle ne voulait pas revenir. Les anges dirent : “Alors nous devrons te noyer dans la mer.”
“Laissez-moi !” dit-elle. “J’ai été créée seulement pour provoquer la maladie chez les nourrissons. « Si l’enfant est mâle, j’ai le pouvoir sur lui pendant huit jours après sa naissance, si c’est une fille, pendant vingt jours. »
Quand les anges entendirent les paroles de Lilith, ils insistèrent pour qu’elle revienne. Elle leur jura par le nom de l’Éternel : “Chaque fois que je vous vois, ou vos noms ou vos amulettes, je n’ai aucun pouvoir sur le nourrisson.” C’est pourquoi on écrit le nom des jeunes enfants sur des amulettes. Elle accepta également qu’une centaine de ses enfants meurent chaque jour. Aussi, tous les jours cent démons périssent. »
(extrait écrit servant d’exemple à l’exposé du mythe)
Dans ce mythe, Lilith incarne dans son être la volonté première de Dieu : être l’égal de l’opposé, avoir la connaissance que la polarité en face (ici masculine) est le reflet, le semblable et non la moitié, la partie manquante, l’indispensable. Chacun est indépendant et autonome, l’autre est soi mais différemment. Tous deux coexistent et s’apportent à chacun, s’équilibrent.
Lilith, portrait d’une femme condamnée ?
Notre personnage finit donc par abandonner Adam, en refusant la subordination du masulin qui n’a pas su la reconnaître comme son égal. À travers sa fuite, elle se choisit elle, dans ce qu’elle est entièrement. Dans la tradition, elle se serait envolée et Dieu aurait envoyé trois anges pour la ramener à Adam, maintenant seul. Ce que Lilith refusera également, choisissant un parcours de débauche et de lubricité avec des démons (dont Samaël, ange déchu, prince des Enfers, qui serait devenu son époux, une fois que celle-ci rejoint la Géhenne).
Plusieurs lectures s’entremêlent, certaines disent qu’elle a été chassée et condamnée à la stérilité, d’autres que c’est elle qui est partie, s’envolant, des ailes ayant poussé dans son dos une fois son insubordination signifiée. Elle serait devenue une succube et une tueuse de nouveaux-nés. Elle aurait tenté Ève en prenant l’apparence du serpent lui tendant le fruit de l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal, plus communément connu sous la pomme, le fruit du péché originel qui amena l’épisode de la Chute mentionnée dans la Genèse.
C’est Lilith que l’on assimile à ce serpent vil, tentateur et malfaisant (voir peinture de von Stuck « Le Péché » dans Lilith face à Adam & Ève : récits, féminité et liberté). C’est aussi elle qui serait à l’origine du fratricide de Caïn envers son frère Abel. Elle qui aurait maudit la progéniture d’Adam & Ève.
Son portrait général, celui que l’on retrouve majoritairement, reste un portrait péjoratif, manichéen. Malgré tout, il tire son origine d’une première narration qui est tout sauf manichéenne : un homme, une femme, ensemble, à l’aube de la création, sans notion de Bien ou de Mal, simplement deux êtres.
L’origine primitive, n’oublions pas de nous en rappeler.
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