« Il aimera comme il haïra, sans en rien laisser paraître, il regardera comme une sorte d’impertinence l’amour ou la haine qu’il recevra en retour ».
Les Hauts de Hurlevent, Emily Brontë, 1847
Les Hauts de Hurlevent... On entendrait presque les bourrasques caresser les fenêtres alentours, les landes se faire balayer après un détour…
J’ai croisé un bon nombre de fois cet ouvrage, en recommandation sur des sites marchands, dans des rayons de librairie et dernièrement au cinéma, en bande annonce d’un film en arrivage pour février 2026, Hurlevent.
Je vais être honnête, l’annonce de ce film déclenche ma lecture mais n’est pas l’élément motivant mon choix. Le choix, je l’avais fait bien avant, le moment lui, arrive aujourd’hui.
C’est un roman de violence intérieure, d’enfermement et de désir sans apaisement. Il sembler résister aux lectures qui se veulent pressées et aux interprétations trop simplistes. Je le parcours toujours, le lis doucement et je décèle au fur et à mesure, sa densité, sa complexité, ses secrets et son héritage.
Pourtant, avant d’entrer dans ces landes tourmentées, de découvrir le cœur de cœurs dévorés, une question m’est apparue et il est normal que je vous la pose à mon tour : quelle édition choisir pour lire Les Hauts de Hurlevent aujourd’hui ?
Parmi les textes intégrales, les éditions critiques annotées ou encore les versions illustrées, les choix sont multiples et engagent chacun une manière de lire. Certains privilégient la fluidité, d’autres l’analyse, d’autres encore l’expérience esthétique de l’objet-livre. Le texte, lui, demeure inchangé, mais son accompagnement transforme assurément la lecture.
L’objectif de cet article est de guider chaque lecteur vers l’édition qui correspondra le mieux à son intention de lecture : découvrir, analyser, relire ou simplement éprouver. À savoir que ce fragment s’inscrit dans une lecture en cours et un dossier consacré à Les Hauts de Hurlevent (voir mes autres dossiers).
Pourquoi le choix de l’édition est essentiel concernant Les Hauts de Hurlevent ?
Contrairement à de nombreux romans du XIXème siècle et ce que j’ai pu déjà parcourir, Les Hauts de Hurlevent ne se laisse pas apprivoiser par une lecture que l’on pourrait qualifier de « neutre », facile à rejoindre. Sa construction fragmentée, la superposition des voix narratives —pour ce que j’en ai déjà lu— et la violence émotionnelle qui transpire dans le texte, exigent une attention particulièrement poussée. Selon l’édition choisie, le lecteur sera accompagné, orienté ou au contraire laissé seul face à la brutalité du récit —ce qui est, je le confesse, mon cas.
Les traductions jouent notamment un rôle décisif dans ce cas de figure. Certains choix lexicaux peuvent accentuer ou atténuer la rudesse des personnages, la sécheresse des dialogues ou la tension des relations sociales dénotées. Les éditions annotées apportent un éclairage historique et culturel précieux, tandis que les éditions plus simples offrent une immersion immédiate, ce qui peut parfois biaiser certaines clés de compréhension.
Choisir son édition pour lire les Les Hauts de Hurlevent, ce n’est donc pas seulement une question de format ou de prix. C’est décider comment entrer dans le roman, comment s’en emparer et comment saisir ses rouages. C’est une question de flux de récit, par l’analyse de ses strates ou par une approche plus sensible et esthétique. Cette décision conditionne donc l’expérience de lecture recherchée et son interprétation. Pour ceux qui désirent approcher véritablement le joyau littéraire d’Emily Brontë, le choix demande une réelle réflexion.
L’édition intégrale pour une première lecture
- À qui s’adresse cette édition ?
L’édition avec le texte intégral s’adresse avant tout aux lecteurs qui découvrent Les Hauts de Hurlevent pour la première fois. Elle convient également à celles et ceux qui souhaitent lire le roman avant de voir son adaptation cinématographique prochaine (Hurlevent, Février 2025 en France).
Ce type d’édition permet une entrée directe dans l’œuvre sans médiation excessive. Elle confronte le lecteur à la rudesse des personnages, à la singularité de la narration. Elle le laisse éprouver le texte sans interprétation guidée. Ainsi il reste l’unique acteur et responsable de son expérience de lecture.
- Les avantages du texte intégral
Opter pour une édition texte intégral présente plusieurs avantages notables. On retrouve généralement une lecture plus fluide avec un rythme de récit moins interrompu. Ces deux points assurent une immersion continue dans l’univers âpre et clos du roman. On note aussi que ces éditions sont plus accessibles en terme de prix, ce qui procure une porte d’entrée idéale pour découvrir Emily Brontë.
Pour une première lecture, cette voie simple représente un réel atout. Elle permet de se laisser traverser par le roman avant d’en chercher des compréhensions plus denses et de se diriger —si désiré— vers une édition plus critique.
Découvrir deux choix d’édition texte intégral :
Les Hauts de Hurlevent, Emily Brontë, traduction Frédéric Delebecque, éditions Pocket, 2023
Les Hauts de Hurlevent, Emily Brontë, traduction François Happe, éditions Gallmeister, 2026
Ndla : Je vous propose ces deux éditions car pour chacune, les traducteurs diffèrent, ce qui amène des perspectives de lecture différentes.
- Quand privilégier ces éditions ?
Se tourner vers le texte intégral est particulièrement recommandé pour ceux qui souhaitent lire le roman sans à priori, en suivant le mouvement naturel du récit, sans lecture saccadée, entrecoupée par des commentaires ou illustrations. Elle constitue souvent une première étape avant une relecture plus analytique ou avant d’aborder des comparaisons —cinématographiques par exemple.
L’édition critique (ou annotée) pour comprendre et analyser
- Ce que l’appareil critique apporte à la lecture
Les éditions critiques proposent un accompagnement puissant pour ceux qui cherchent à aller au-delà de la narration seule. Notes de bas de page, introductions contextuelles —et parfois même commentaires de traduction— foisonnent et engagent le roman dans son cadre historique, social et linguistique sans pour autant « modifier » le texte initial.
Ces annotations éclairent notamment les enjeux de classe, la brutalité des rapports sociaux et certaines subtilités liées au langage. Elles sont un outil non négligeable pour une analyse littéraire approfondie.
Consulter une édition analyse :
Ndla : Cette édition ne contient pas le texte intégral mais lui confère un support de lecture.
- Pour quels lecteurs cette édition est-elle la plus adaptée ?
Cette édition convient aux lecteurs qui projettent d’approfondir leur lecture, aux étudiants, aux enseignants mais aussi à celles et ceux qui relisent le roman après un premier contact. Si l’on recherche comment se construit le récit —les choix de traduction ou les interprétations critiques— il sera d’une aide évidente.
C’est également sur ce type d’édition que s’appuie un travail d’analyse littéraire lorsqu’il s’agit de citer le texte, de le comparer ou d’interroger la réception du roman.
Les éditions illustrées (ou de collection) pour une lecture esthétique
- Lire Les Hauts de Hurlevent comme objet-livre
Il existe des éditions illustrées ou de collection proposant des approches plus sensibles du roman (on en voit d’ailleurs beaucoup actuellement ressurgir, réinventant des classiques dans de sublimes éditions). L’objectif est alors de mettre l’accent sur l’atmosphère du livre, les paysages, l’imaginaire qui le façonne. Chez Les Hauts de Hurlevent, les illustrations —lorsqu’elles sont bien choisies— accompagnent le texte sans l’écraser, le complémentent et inaugurent alors une nouvelle porte d’entrée dans l’œuvre.
Ces éditions ne remplacent pas nécessairement une lecture analytique, mais elles peuvent enrichir l’expérience, notamment lors d’une relecture ou pour découvrir le roman sous un angle dit plus « visuel ».
Découvrir trois éditions illustrées et/ou collector:

- Quand opter pour une édition illustrée ?
Les éditions illustrées sont particulièrement adaptées après une première lecture du texte intégral, pour une relecture plus contemplative ou comme ouvrage à offrir. Ces propositions restent non exhaustives, il s’agira bien sûr d’axer votre intention d’achat envers l’usage que vous voulez en faire.
Ces éditions mettent en valeur le roman comme mythe littéraire, écrin, autant que comme texte. L’ouvrage est alors repensé pour plaire autant dans son essence que dans la manière dont il est présenté, agencé. Peuvent ainsi être séduits les lecteurs sensibles à l’esthétique de l’objet-livre qui convient bien souvent aux éditions reliées.
Quelle édition lire selon votre intention ?
Je pense que l’on peut maintenant dire qu’il n’existe pas une seule « bonne » édition du roman, mais plusieurs moyens possibles de l’aborder. Le tableau ci-dessous vous propose une orientation inspirée des informations précédentes et qui convergent vers votre intention de lecture.
- Tableau comparatif des éditions de Les Hauts de Hurlevent
BONUS : Les éditions bilingues pour une lecture proche du matériau d’origine
Mon petit bonus pour vous : les éditions bilingues. Elles sont parfaites pour les lecteurs bilingues, désireux de comparer le texte original à celui d’une traduction. Elles plairont aussi à ceux qui sont simplement curieux de se confronter à la langue d’Emily Brontë, tout en conservant l’appui de la traduction française. Ce type d’édition met notamment en avant la musicalité du texte et le style de l’autrice qui peut parfois se perdre dans une traduction.
Elle s’adresse indubitablement aux lecteurs à l’aise avec l’anglais littéraire —plus exigeant.
Consulter une édition bilingue :
Choisir son édition, c’est choisir sa lecture
Lire Les Hauts de Hurlevent aujourd’hui, c’est accepter de parcourir un roman qui ne recherche ni à séduire ni à prouver quoi que ce soit. Le choix de l’édition devient une étape essentielle qui ne sert pas à simplifier l’œuvre mais à décider comment l’aborder. Ce choix reste donc purement personnel.
Qu’il s’agisse d’une première lecture, d’un approfondissement critique ou d’une relecture illustrée, chaque format initie une relation différente au roman. Aucune n’est exclusive, ni meilleure ; toutes peuvent coexister au fil du temps et des lectures.
Cet article s’inscrit dans un dossier consacré à Les Hauts de Hurlevent, il se construit donc à mesure que je lis le roman, de façon attentive et personnelle. Des réflexions autour de l’œuvre viendront l’agrémenter.
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