« Ainsi nos âmes sont-elles étrangement construites, et par de si fins ligaments sommes-nous entraînés vers la prospérité ou la ruine.«
Frankenstein ou le Prométhée Moderne, Mary Shelley, 1818
Je me suis intéressée à Frankenstein alors que je cherchais un sujet de travail pour un potentiel mémoire (voir article « Ma première approche avec Lilith« ). J’étais convaincue que mon sujet serait ou tournerait fortement autour du romantisme. Mais je ne me voyais pas me pencher sur les romantiques français, que j’avais déjà largement étudiés et encore plus appréciés les œuvres. Non, il fallait que je creuse un petit peu plus, que je sorte un petit peu plus de ces terres, que je m’aventure —et c’est bien venu à moi— par delà la Manche.
Je suis arrivée chez Lord Byron, Turner ou encore Wordsworth. Et bien que j’affectionne leurs travaux, quelque chose me manquait. Quelque chose qui me serait nouveau, inconnu et stimulant. Quelque chose qui serait arrivé comme une apparition, une révélation et une évidence. Comme une curiosité à assouvir, un appel à retranscrire. Et c’est là que s’est entremêlé le romantisme noir et la littérature dite « gothique ». En creusant un peu plus, je suis tombée sur les ouvrages d’Edgar Alan Poe, d’Ann Radcliff et bien entendu, Mary Shelley et son originel Frankenstein.
J’ai eu un regain d’intérêt pour cette œuvre bien qu’il fut instantané. Il faut dire que concernant Frankenstein, je collectionne des souvenirs sclérosés par les adaptations cinématographiques et principalement celle de 1931, Frankenstein, réalisée par James Whale. Je dois avouer que cette réécriture avait plus ou moins laissé dans son sillage une sorte de sentiment d’étrangeté inconfortable, sans doute stéréotypé par l’image et l’histoire que l’on voulait vendre de la Créature de Frankenstein. Ça m’avait personnellement refroidie et je n’avais jamais plus porté mon regard dessus.
Alors quand je replonge dans la fiction de Mary Shelley, largement influencée par mon visionnage de l’adaptation récente de Guillermo del Toro, quelque chose se passe. Je me dis que ce cheminement n’est pas anodin et qu’il m’encourage, quelque part, à aller lire l’œuvre originale, à m’en faire mon propre avis et à par la suite, procéder à des lectures et des analyses comparatives.
Ces articles se baseront donc sur le roman de Mary Shelley, Frankenstein ou Le Prométhée Moderne comme principale source (traduction de Marie Darrieussecq pour la maison d’édition Monsieur Toussaint Laventure, (2025)) et verra des rapprochements faits avec deux de ses adaptations cinématographiques, celle de James Whale (1931) et celle de Guillermo Del Toro (2025).

Un mythe historique
Ce que je sais de l’histoire de Frankenstein —avant de m’y replonger avec sérieux— n’est pas très foisonnant. C’est même plutôt médiocre et orienté par ce que la culture en a gardé, ce que j’en ai traduit. L’histoire d’un homme recomposé, assemblé à partir de restants de cadavres par son créateur, lui-même une sorte de savant fou stimulé par l’idée de défier la mort. S’ensuit la mise en liberté de ce « monstre » et un tas de phénomènes « monstrueux » dont il se retrouve être la cause. Dans l’idée que j’avais de cette histoire et de son personnage phare « La Créature », j’avais également sauvegardé le genre de l’horreur plus que le genre de la science-fiction.
Alors, en octobre 2025, lorsque je découvre qu’une nouvelle adaptation cinématographique sort sur Netflix, je suis perplexe. Je ne sais pas si le film peut me plaire, je ne sais pas s’il respecte l’œuvre originale (que je sais être de Mary Shelley mais que je n’ai jusqu’alors pas personnellement lue). Je ne sais pas, si je vais avoir peur, à quel degré il y a de « l’horreur » dedans.
Pourtant quelque chose m’interpelle. Il se dégage bien quelque chose de particulier dans l’ambiance qui me fait penser au romantisme, et mon attrait pour le romantisme dépasse de loin mes possibles peurs. À ce moment-là, je ne me base que sur la bande annonce, rien de plus. Et ça suffit, un soir, je me décide à plonger dans cette histoire et à m’en faire ma propre idée.
Là, je me dis que je dois comprendre cette œuvre au-delà de ses réécritures tardives. Je dois descendre dans son essence et parcourir ce qu’il en est advenu, répondre à cette question qui persiste : pourquoi a-t-on rendu cette histoire horrifique ? Pourquoi est-ce, ce que j’en ai premièrement pensé ?
La route qui mène à une réponse passe inévitablement par ma lecture de l’œuvre.
Frankenstein ou le Prométhée Moderne. Une première interrogation fait son chemin jusqu’à moi. Qu’est-ce que Prométhée vient faire dans ce titre ? Plusieurs nuits se sont passées après le visionnage du film, puis j’ai compris. Et cette assimilation a fait redoubler mon envie de découvrir le roman original.
Dans une euphorie battante, je me le suis procuré quelques jours après…
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