Lilith, son message expliqué : symboles et légendes

Évolution du mythe de Lilith, passée d’une figure démoniaque et subversive à un symbole d’émancipation et d’autonomie féminine. Lecture plus nuancée, présentant Lilith comme une femme primordiale, entière et indépendante, affranchie des dualités patriarcales. Réflexion profonde sur la reconnaissance mutuelle entre les sexes et la réconciliation des polarités masculine et féminine dans l’être humain.

Ci-dessous, une brève apparition d’une supposée Lilith dans la poésie française du XIXème siècle :

[…]

Que tu viennes du ciel ou de l’enfer, qu’importe,
Ô Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton oeil, ton souris, ton pied, m’ouvrent la porte
D’un Infini que j’aime et n’ai jamais connu ?

De Satan ou de Dieu, qu’importe ? Ange ou Sirène,
Qu’importe, si tu rends, – fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! –
L’univers moins hideux et les instants moins lourds ?

Extrait de « Hymne à la Beauté », in « Spleen et Idéal », Les Fleurs du Mal, Charles Baudelaire, 1857

Chez Lilith, une ambivalence règne, en démontre parfaitement la fin de « Hymne à la Beauté » du poète romantique, parnassien et symboliste, Charles Baudelaire (1821-1867). L’auteur semble curieusement s’adresser à elle à travers Les Fleurs du Mal, dans ces vers où la Beauté semble se refléter à travers les traits d’une Lilith ambigüe.

L’héritage du message de Lilith

Au-delà de ce fragment textuel, on note évidemment des différences entre les représentations du personnage. L’héritage commun propose principalement une Lilith démone, sanguinaire, débauchée. Aujourd’hui, elle est vue comme un symbole de rébellion contre le patriarcat, un emblème du féminisme. Elle incarne l’insoumission, se concentre dans l’insurrection de femmes contre un ordre traditionnel, c’est du moins les interprétations que l’on retrouve majoritairement.

On peut cela dit apporter des lectures connexes et nuancées à celles déjà proposées. Parler d’une Lilith intégrale, entière et autonome. D’une femme primordiale, première, dénuée d’influences, propre de toute forme d’ego, d’orgueil.

Ainsi, on retrouve l’archétype de la femme liminaire, mystique, celle qui offre à toutes les femmes du monde, la perspective de reconnaître leur valeur, leur personne, leur intégrité. Au-delà d’une traduction féministe ou sexiste, Lilith sort des religions, du mythe et de ses interprétations clivantes pour offrir une perspective aux femmes : celle de plonger dans leur essence, de retrouver cette nature fondamentale qui est la leur.

C’est la possibilité d’intégrer en elles une polarité masculine (« l’animus » selon Carl Gustav Jung), une personne capable de reconnaître ce qu’elles sont vraiment : des femmes créatrices, des porteuses de mémoire et des messagères divines, des nourricières.

Lilith devient alors une lumière, une porte qui s’émancipe de la démonologie, des attributs péjoratifs qui ont découlé de son insoumission. Dans l’art picturale, c’est bien l’huile sur toile de Dante Gabriel Rossetti, Lady Lilith qui incarne le mieux cette Lilith lumineuse.

Lady Lilith, tableau préraphaélite de Dante Gabriel Rossetti, représentant une femme rousse en robe blanche se coiffant devant un miroir, entourée de fleurs et d’objets de toilette.
Lady Lilith, Dante Gabriel Rossetti, 1866

Lilith, le symbole d’une femme autonome

Elle n’est pas descendante d’Adam, ni co-dépendante de lui. Elle se suffit à elle-même et entend son autre comme miroir, reflet d’elle-même. Cette incapacité de l’homme à reconnaître sa femme en tant qu’égal, différente mais égal a engendré des années —des siècles— de perdition et d’incompréhension, d’incohérences relationnelles. Ceci a concentré des hommes à soumettre leur femme, à contrôler et conditionner leur nature par la défaillance première qu’est la non reconnaissance. Il ne s’agit pas ici de décrier ce manque de reconnaissance, mais plutôt de rappeler cette nécessité de se reconnaître l’un l’autre pour prospérer libre, serein, dans un amour illimité et absolu.

La femme incarne par nature mystère et intuition. Elle est dotée d’un pouvoir instinctif qui lui est propre. Tout comme l’homme dispose de qualités individuelles qui lui sont propres (logique, force, action…). C’est parce que l’homme a failli à se reconnaître en elle, qu’il s’est mué dans une incompréhension féroce le forçant à contrôler ce qu’il ne comprenait pas. Ceci persistant, le fossé entre l’homme et la femme s’est accentué et a engendré des gouffres qui sont devenus des égrégores implantés dans la mémoire collective (voir article Lilith face à Adam & Ève : récits, féminité et liberté).

On retrouve cela en tout, dans notre culture, dans notre éducation, dans les divertissements télévisuels, dans notre mémoire cellulaire. Dans tout ce qui compose notre héritage commun.

L’erreur apparaît, celle de deux.

Il faut en cela reconnaître que Lilith est et restera dichotomique, tant dans sa personne, que dans ses interprétations ou ses messages. Son mystère et son essence demeurent dans une division qui finalement, caractérise l’opposition première occurrent entre le féminin et le masculin.

Lilith incarne pleinement cette opposition indivisible, indissociable de sa personne. L’émancipée et la rebelle, l’intègre et la déchue, la digne et l’égoïste.

Pour aller plus loin :

Lilith, la Femme Primordiale : la Femme et le Sacré, Rosa Leonor Pedro, 2024

Lilith, Nikki Marmery, 2023 (version originale anglaise)

Cet article contient des liens d’affiliation. Si vous passez par ces liens, une commission peut m’être versée, sans coût supplémentaire pour vous. Merci.

Partager

Articles similaires

Tableau préraphaélite de William Holman Hunt, "Le Berger Mercenaire" (1851). On y voit une homme et une femme, installés dans un décor bucolique
Lilith face à Adam & Ève : récits, féminité et liberté
Lady Lilith, tableau préraphaélite de Dante Gabriel Rossetti, représentant une femme rousse en robe blanche se coiffant devant un miroir, entourée de fleurs et d’objets de toilette.
Lilith : portrait et origines d’un personnage controversé
Peinture "Lilith" de John Collier (1887) représentant la figure mythologique nue, entourée d’un serpent, symbole de séduction et de tentation.
Le mythe de Lilith, approche et découverte

Ne manquez pas
les prochains articles

Abonnez-vous à ma newsletter

En vous abonnant, vous recevrez mes articles et actualités littéraires directement dans votre boîte mail. Vous pouvez vous désinscrire à tout moment.